5h. L’heure de traire. Je passe devant la ferme d’un collègue, un jeune agriculteur passionné, qui se bat pour continuer, chaque jour. L’avenir? Il y pense bien sûr. Il s’inquiète, souvent. Devra-t-il un jour mettre son exploitation en fermage, au prix de lourdes sanctions fiscales? Aura-t-il un successeur? Il sait que l’agriculture manque dans certaines régions de jeunesse, de relève, plus découragée pourtant par les contraintes financières que par les journées de 15 h.
7h15, j’arrive à la laiterie. Une petite entreprise familiale qui emploie de jeunes mamans du village; le patron aime créer, innover (il planche sur une nouvelle spécialité d’ailleurs!). Il sait que là est la clé de la survie, mais les fonds propres manquent parfois pour suivre le mouvement…
7h30. Un petit crochet par la boulangerie avant de poursuivre ma journée?! En poussant la porte, on est aussitôt assailli par un parfum de pommes, de tresse, de farine, comme autant de souvenirs de la cuisine de grand-maman. Une bouffée de pur artisanat, de terroir, de tradition, de culture aussi. Une bribe de bonheur qui tient bon au village. Le boulanger est pourtant âgé, la retraite s’approche pour lui. Pas de repreneur en vue, un commerce de plus qui fermerait dans ma région, encore un pan d’histoire qui s’écroulerait.
7h45. Le kiosque. 11h30, l’épicerie. 15h50, la quincaillerie, parce qu’évidemment, juste avant la deuxième traite, le joint qui ne devait pas vient de me lâcher!! Et la fleuriste. Le garagiste. La pharmacienne. La coiffeuse. Le carreleur. Le menuisier…. Et, et, et…
Va-t-on laisser certaines régions s’asphyxier économiquement ou se vider de leur jeunesse? Les entreprises familiales sont-elles vouées à disparaître et avec elles, de précieuses places d’apprentissage et de travail? Les petites et moyennes entreprises sont-elles donc contraintes de s’endetter pour innover?? Avec la réforme de l’imposition des PME, nous avons enfin la possibilité d’offrir un nouvel élan à notre économie, de lui donner les moyens d’être plus compétitive, plus créative, tout en lui permettant de conserver les structures à caractère humain qui font sa force.
Pour ma région, mon village, mon métier, mes voisins… je voterai OUI le 24 février.
Céline Correvon