Les JLV dans les médias: L’invité; Romain Miceli, “Le Temps”
20 octobre 2007Consommer moins ? Pas forcément un objectif ! Polluer moins ? Oui, absolument impératif !
Avant d’entrer dans les considérations énergétiques de la Suisse, il convient de rappeler l’impact mineur de notre pays sur la pollution globale : pour illustration environ un pour mille des gaz à effets de serre sont de provenance helvétique. L’excellence en matière de recherche et développement sur notre sol nous donne toutefois un défi de précurseur que nous devons sans cesse relever.
Je suis aux antipodes des argumentations castratrices de certains groupes qui en appellent à la décroissance. Ces mêmes théoriciens défendant que pour baisser notre consommation globale d’énergie, il faille que l’Etat, par le biais d’interdictions nombreuses, nous dise que manger, comment se chauffer, quel moyen de transport choisir et à quels loisirs s’adonner : en un mot, comment exister et pourquoi. Je force à peine le trait. Il reste que le vœu d’une société à deux mille Watts n’est pas un but que j’estime prioritaire, je préfère en effet développer des thèses favorisant les progrès technologique et de confort de notre société par le biais d’incitations. Les prises de conscience collectives sont certes importantes, et un grand nombre de gaspillages individuels doivent continuer à être combattus par une large diffusion de l’information. Toutefois, elles sont un mécanisme insuffisant de combat contre la pollution.
Opposer les mouvements écologistes d’avec les mouvements de défense de l’économie est une démarche courante, mais pas forcément heureuse. L’écologiste qui refuse d’entrer dans une dynamique de lutte pour maintenir des prix énergétiques bas ne sera pas redoutable. De même, les milieux industriels qui feindraient de ne pas prendre en considération le gaspillage d’énergie deviennent rares. La production et la consommation d’énergie est majoritairement polluante et a un coût. Le but idéal serait de réduire non seulement les coûts mais aussi la pollution globale à long terme ; mais pas forcément la consommation.
De la recherche du progrès technologique et d’une garantie Etatique à ce propos
L’énergie renouvelable existe. Elle est consommable dans les domaines de l’électricité et du chauffage notamment. Elle reste toutefois pour l’heure tout à fait marginale dans notre pays et dans le monde entier, ceci dû à son prix encore prohibitif. Il n’empêche que sa qualité première est de produire une énergie égale à celle provenant des sources fossiles ou atomiques, mais qui a l’avantage de ne pas puiser dans des ressources limitées. Il est important de croire en les innovations technologiques à venir, plus encore dans celles qui touchent à ce domaine. Les options ON-OFF qui visent à miser sur la sortie immédiate du nucléaire voire à la construction rapide de nouvelles centrales ou encore de miser l’avenir sur le pétrole manquent au moins l’une des prérogatives suivantes : 1. Sécurité de l’approvisionnement 2. Sécurité publique 3. Promotion de la recherche du progrès technologique. 4. Problématique des déchets
Les énergies renouvelables n’ont pas encore le volume nécessaire qui permet à des investissements conséquents d’être engagés afin de faire augmenter la production tout en faisant baisser les coûts à un niveau comparable à l’énergie atomique. Je souhaiterais l’introduction d’une loi coercitive qui obligerait chaque entreprise et chaque ménage à acheter au moins 15% de son énergie sur le marché des énergies renouvelables. Assurés de devoir fournir 15% de la consommation totale du pays, les investissements dans ce domaine augmenteraient massivement dans un premier temps. Des entreprises nouvelles engageant des travailleurs indigènes serait un effet collatéral positif.
A noter que ce chiffre de 15% peut être revu à la hausse ou à la baisse, voire avec des paliers de progression. Ce sont les parlementaires qui créent les lois, je ne fais ici que proposer une idée. Il est toutefois important que l’écart entre la production totale d’énergies renouvelables à ce jour et cet objectif soit suffisamment grand pour promouvoir avec force la fonction d’investissement. Encouragées de la sorte, les innovations et les progrès technologiques se développeront plus vite que prévus. Faisant baisser les coûts de production en rejoignant les prix des énergies fossiles dans le pire des cas, en étant en dessous idéalement.
Cette loi, d’une durée à déterminer, par exemple 10 ans, doit permettre à l’émergence d’une excellence technologique dans le domaine des énergies dites propres. Une matière abondante et renouvelable de notre pays est sa capacité de créer des nouveautés dans la recherche scientifique voire d’améliorer l’efficience des processus existants. Il faut oser investir massivement dans la matière grise. La fin de mon texte l’attestera, avec un risque limité.
A l’expiration de la loi, les calculs devraient être faits par chaque personne physique et morale. Si 10 années de consommation d’énergies non-renouvelables auraient permis de payer un prix plus bas que ce qui a effectivement été dépensé pour ces 15%, alors un montant équivalent au différentiel serait remboursé par l’Etat par le biais de l’impôt. Ce qui n’engendre pas de pertes pour les entités consommatrices. Dans le cas inverse, ce qui est le but visé, l’opération serait gagnant/gagnant pour l’efficacité en termes de pollution et de dépense de capital. Et alors, enfin, les énergies vertes seraient devenues tellement compétitives que leur pourcentage augmenterait d’année en année.
Résumer cela en deux phrases ? Il s’agit de gonfler la fonction d’investissement dans les énergies renouvelables en imposant un quota minimal de consommation d’énergie renouvelable à tout acteur de la société. Ainsi l’énergie « propre » aurait une chance de devenir concurrentielle grâce aux économies d’échelle que cela engendrerait.
En définitive, Cette idée permet de réconcilier sur ce point écologistes et économistes. Non, la croissance économique n’est pas forcément l’antithèse de la préservation de l’environnement. Enfin, ne pouvant précisément prévoir comment nous vivrons demain, il faut refuser avec force toute proposition visant à aller dans une voie de décroissance. La proposition défendue ici touche au mode de production de l’énergie consommée par les privés et les entreprises, il est un pan du dossier environnemental mais ne prétend pas à être une solution complète. Dans d’autres aspects de ce dossier, il convient néanmoins de garder ces impératifs de consommation la moins polluante possible et évitant les déchets lourds. Se donner les moyens de l’évolution, du progrès, de la technologie ainsi que de la préservation de notre espace de vie grâce à notre génie. Voilà des visions que j’aime à défendre. L’Etat n’en est pas le moteur, mais a une utilité de garant. Puissent ensuite ces visées être défendues par nos voisins, proches et lointains…
Romain Miceli, Président des Jeunes Libéraux Vaudois, Texte paru dans “Le Temps” du 19 octobre 2007
Publié par jeunesliberaux