Universités: l’aide de l’économie est une chance!

6 juillet 2007

«Si l’université ne s’adapte pas, elle laissera d’autres, moins libres mais mieux dotés, explorer de nouveaux pans de la connaissance»

L’université vit une profonde mutation. L’augmentation du nombre d’étudiants et les coûts croissants de la recherche scientifique pèsent lourd dans la balance budgétaire de l’alma mater. Pendant ce temps, celle-ci doit faire face à des réductions parfois drastiques des subventions cantonales, qui dépendent de la situation toujours provisoire des finances de l’Etat. En dix ans, les moyens disponibles par étudiant n’ont cessé de diminuer: au milieu des années nonante, la part des ressources de l’université pour chaque étudiant était de 50% plus élevée par rapport à ce qu’elle est aujourd’hui. Pour conserver un enseignement de qualité et une recherche efficace, l’université est donc contrainte de chercher de nouvelles sources de financement.

Cette situation conduit inévitablement l’université à se tourner vers des acteurs importants du monde de l’économie et plus généralement du secteur privé. En 2005, 39 chaires d’enseignement universitaire en Suisse étaient entièrement assumées par le privé et dernièrement, c’est grâce au financement de la fondation Leenaards qu’une des rares chaires de soins palliatifs au monde a pu être créée à la faculté de médecine de l’UNIL.

Cette nouvelle donne n’est pas un choix politique mais la seule façon de maintenir l’excellence dans nos universités face aux exigences financières toujours plus grandes de la recherche scientifique. Dans de nombreux domaines, seule l’industrie possède les moyens nécessaires à l’une des missions premières de l’université, qui est de «développer la science par l’enseignement et la recherche» (art. 2 de la loi sur l’Université de Lausanne). Quant aux facultés qui sont les moins susceptibles d’attirer des fonds externes, elles continueront à être subventionnées par l’Etat; celui-ci pourrait ainsi concentrer ses efforts sur ces domaines que personne n’est prêt à abandonner. Mais ces collaborations ne concernent pas seulement la recherche.

Jeter des ponts entre le monde académique et le secteur privé permettrait aux étudiants au niveau du master de faire le lien entre leurs connaissances théoriques et la mise en application de celles-ci dans la pratique qu’ils rencontreront dans leur future profession. Et à l’heure où il devient de plus en plus difficile de décrocher son premier emploi, la multiplication des contacts entre les étudiants et les entreprises constitue un remède efficace contre le chômage des jeunes diplômés.

Impossible toutefois de contourner la question de l’indépendance intellectuelle des facultés.

Pour garantir cette liberté, la collaboration entre les milieux académiques et le secteur privé doit se faire dans un cadre éthique strict fixé par l’université elle-même. Le défi de l’université du XXIe siècle sera de s’adapter à cette nouvelle donne tout en conservant sa liberté de recherche et d’enseignement. Si elle y parvient, l’alma mater pourra continuer à jouer un rôle déterminant dans le développement du savoir. Sinon, elle laissera à d’autres, moins libres mais avec plus de moyens, le soin d’explorer de nouveaux pans de la connaissance.

Samuel David

(texte paru dans la rubrique “opinions” de 24Heures, 4 juillet 2007)